À propos des données
Comment lire les chiffres des refuges de Toronto, et où les données ont leurs limites
Comment lire les données sur les refuges de Toronto : qui est compté, qui manque, le sous-dénombrement estimé de 18 % et le choix entre sans-abri, sans logement et personnes en situation d’itinérance.
ARTICLE SUR LE FROID EN PRÉPARATION. BonQuery prépare un article présentant ses constats, ses sources, ses méthodes et ses limites.
Les chiffres affichés dans les tableaux de bord de BonQuery proviennent des données ouvertes que la Ville de Toronto publie sur son réseau de refuges. Cette page explique ce que sont ces données, d’où elles viennent, et les quelques endroits où une lecture attentive change la conclusion à en tirer. Ce sont des notes sur les données elles-mêmes, et non des conclusions sur le réseau de refuges de Toronto ; ces conclusions figurent dans les pages d’audit et les tableaux de bord. La façon dont ces chiffres sont vérifiés par rapport aux chiffres publiés par la Ville elle-même est documentée séparément dans les pages Sources quotidiennes sur les refuges et Audit de l’admission centrale.
D’où viennent les données
BonQuery s’appuie sur trois jeux de données, tous publiés par la Ville de Toronto sur son portail des données ouvertes sous la Licence du gouvernement ouvert – Toronto. Chacun est un produit agrégé dérivé du système interne de gestion de l’information sur les refuges de la Ville (SMIS) ; aucun n’est un flux brut de dossiers de cas individuels.
- Flux du réseau de refuges : un résumé mensuel du nombre de personnes qui entrent dans le réseau de refuges, en sortent et y demeurent. C’est la source du chiffre principal des personnes en situation d’itinérance active.
- Occupation et capacité quotidiennes des refuges et services d’hébergement de nuit : un instantané nocturne de l’occupation et de la capacité, programme par programme, de 2021 à aujourd’hui.
- Appels à l’Admission centrale : les registres de la ligne d’orientation des refuges de la Ville (24 h/7 j), incluant les résultats des appels et le nombre d’appelants toujours en attente d’une place.
L’analyse de BonQuery sur le froid s’appuie aussi sur les archives horaires des conditions météorologiques pour la station de Toronto, publiées par Environnement et Changement climatique Canada et récupérées au moyen du package R weathercan.
Un instantané mensuel avec un recul de trois mois
La Ville produit les données du Flux du réseau de refuges le dernier jour de chaque mois et les publie vers le 15 du mois suivant. Les chiffres de chaque mois tiennent compte rétroactivement de toutes les personnes ayant utilisé les services de refuge au cours des trois mois précédents.
Deux conséquences en découlent. Premièrement, le nombre de personnes en situation d’itinérance active pour un mois donné inclut toute personne ayant utilisé le système ne serait-ce qu’une fois dans cette fenêtre de trois mois, et pas seulement les personnes en refuge ce mois-là ; la même personne peut apparaître dans trois dénombrements mensuels consécutifs après un seul séjour. Deuxièmement, les variations d’un mois à l’autre sont plus faibles qu’elles n’y paraissent, car les mois adjacents partagent les deux tiers de leur fenêtre de référence. Comparer janvier et février côte à côte revient à comparer deux groupes qui se recoupent largement, et non deux groupes distincts.
Trois chiffres différents pour l’« itinérance »
Toronto publie plusieurs dénombrements liés à l’itinérance, qui mesurent des populations différentes. En comparant des chiffres entre les sources, un lecteur peut facilement croire que deux nombres se contredisent, alors qu’ils comptent simplement des réalités différentes.
- Occupation nocturne : le nombre de personnes occupant une place de refuge lors d’une nuit donnée, tiré du jeu de données Occupation et capacité quotidiennes des refuges et services d’hébergement de nuit.
- Personnes en situation d’itinérance active : le nombre de personnes ayant utilisé le réseau de refuges au moins une fois au cours des trois derniers mois et n’ayant pas été inscrites depuis comme logées ou autrement inactives. C’est le chiffre principal des tableaux de bord.
- Individus distincts annuels : le nombre de personnes différentes ayant utilisé le réseau de refuges à un moment donné au cours d’une année civile, publié par la Ville dans des rapports occasionnels plutôt que dans un jeu de données permanent.
Les trois mesures sont valides et portent sur des populations connexes, mais distinctes. Le nombre de personnes en situation d’itinérance active se situe normalement entre l’occupation nocturne, plus faible puisqu’elle ne compte qu’une seule nuit, et les individus distincts annuels, plus élevé puisqu’il compte une année entière. Traiter ces trois mesures comme interchangeables, c’est les interpréter incorrectement.
Ce que le chiffre principal omet : le sous-dénombrement de 18 %
Chacun des dénombrements ci-dessus décrit des personnes ayant utilisé un service d’hébergement de nuit financé par la Ville. Les personnes qui dorment à l’extérieur, qui utilisent un service non financé par la Ville, ou qui séjournent temporairement chez des proches, ne figurent pas dans ces données.
La Ville estime qu’environ 18 % des personnes en situation d’itinérance absolue à Toronto n’apparaissent pas dans ces chiffres, une estimation tirée de son Évaluation des besoins de la rue, un dénombrement périodique distinct de l’itinérance non abritée.
En pratique : lorsque le nombre de personnes en situation d’itinérance active augmente ou diminue, ce changement décrit le réseau de refuges en particulier. La question de savoir si l’itinérance totale évolue au même rythme dépend de la partie de la population que ces données ne voient pas — une question à laquelle ce jeu de données ne peut répondre à lui seul.
Qui manque dans les données et pourquoi les mots comptent
L’estimation de 18 % ci-dessus concerne les personnes en situation d’itinérance absolue. Elle ne mesure pas toutes les personnes qui ont besoin d’un endroit sûr. Des adultes, des enfants et des familles qui fuient la violence peuvent encore avoir une adresse, mais aucun domicile sûr où retourner. Elles peuvent utiliser un programme absent de ces fichiers. Elles peuvent aussi ne recevoir l’aide d’aucun programme qui y figure.
Une personne peut avoir un logement précaire, être sans logement ou être en situation d’itinérance. Ces situations peuvent se chevaucher, mais elles ne sont pas identiques. BonQuery emploie logement précaire pour parler plus largement d’un logement non sécuritaire, instable, trop cher ou sur le point d’être perdu.
Être sans logement ne décrit pas une seule expérience. Cela peut vouloir dire dormir dehors, utiliser un refuge ou passer d’un lieu temporaire à un autre sans avoir un domicile sûr sur lequel compter. Une ligne dans un fichier de données ne peut pas nous dire quels mots une personne emploie pour parler de sa propre situation.
Comment les groupes de population se rapportent entre eux
Les données répartissent les personnes en groupes de population : Toutes populations, Réfugiés, Non-réfugiés, Chroniques, Familles, Adultes seuls, Jeunes et Autochtones. Ces groupes n’entretiennent pas tous le même rapport avec le total, ce qui importe chaque fois qu’une analyse les compare.
Réfugiés et Non-réfugiés représentent ensemble chaque personne du groupe Toutes populations, sans chevauchement. En superposant les deux, le résultat égale le total. Cette identité se vérifie dans chaque mois des données.
Les autres groupes — Chroniques, Familles, Adultes seuls, Jeunes et Autochtones — sont des attributs qui se chevauchent plutôt que des subdivisions du total. Une même personne peut appartenir à plusieurs d’entre eux à la fois. Par exemple, un jeune autochtone en situation d’itinérance chronique est compté simultanément dans les groupes Autochtones, Jeunes et Chroniques, tout en se trouvant du côté Non-réfugiés de la répartition par statut de réfugié et dans le total Toutes populations. Il est impossible d’isoler, à partir de ces seules données, les personnes appartenant à un seul de ces groupes.
En pratique : additionner ou empiler ces groupes qui se chevauchent produit un chiffre supérieur à la population réelle, car chaque personne est comptée une fois dans chacun des groupes auxquels elle appartient. C’est pourquoi les pourcentages par groupe publiés par la Ville elle-même totalisent bien plus de 100 %.
« Nouvellement repérés » a une signification différente pour le groupe Chroniques
Pour la plupart des groupes, « Nouvellement repérés » recense les personnes qui entrent dans le réseau de refuges pour la première fois. Pour le groupe Chroniques, cette même colonne recense les personnes devenues chroniquement sans abri au cours du mois de référence, peu importe la durée pendant laquelle elles utilisaient déjà le réseau. La plupart de ces personnes étaient déjà dans le système ; elles venaient simplement de franchir le seuil fédéral de l’itinérance chronique (180 nuits sur un an, ou 546 sur trois ans).
Cela est signalé dans l’audit du réseau de refuges et dans la documentation de la Ville elle-même, mais il vaut la peine de le répéter, car le nom de la colonne invite à une mauvaise lecture. Toute comparaison inter-groupes des chiffres « Nouvellement repérés » qui inclut la rangée Chroniques mélange deux mesures différentes.
Pour les analystes : la répartition par statut de réfugié est une partition nette
Une caractéristique structurelle mérite d’être énoncée précisément pour quiconque travaille de près avec ces données. La répartition entre Réfugiés et Non-réfugiés se comporte comme une partition mathématique nette, et ce non seulement pour le chiffre principal des personnes en situation d’itinérance active : elle se vérifie aussi pour chaque colonne de flux.
Dans chaque mois de janvier 2018 à aujourd’hui, les valeurs de Réfugiés et de Non-réfugiés s’additionnent exactement à la valeur de Toutes populations pour chaque colonne vérifiée : les entrées, les sorties et le stock de personnes en situation d’itinérance active. Aucune autre dimension de population ne se comporte ainsi.
En pratique : si une analyse a besoin de catégories mutuellement exclusives — pour un graphique à barres empilées, un calcul de part du total, ou toute opération qui suppose que les groupes ne se chevauchent pas — la répartition par statut de réfugié est le seul endroit de ces données où cela est mathématiquement sûr.
Contexte et collaboration
BonQuery est indépendant, mais ce travail vise à être utile tant à la Ville qu’au public. Nous distinguons la politique publiée, les opérations observées et les résultats mesurés. Le personnel de la Ville, les exploitants de services, les chercheurs et les personnes qui défendent les droits sont invités à fournir du contexte sur les sources ou à nous orienter vers des documents publics plus récents. Lorsqu’une nouvelle preuve modifie un constat, nous documenterons le changement.
L’objectif pratique est d’améliorer le dossier public et d’appuyer le travail que la vérificatrice générale a déjà recommandé : de meilleures données sur les places temporaires et les refus, des estimations plus solides des besoins hivernaux, davantage de places financées disponibles pendant une plus grande partie de la saison, une préparation en temps opportun, des pratiques cohérentes d’augmentation et de réduction de la capacité et un plan de contingence lorsque le réseau de refuges est plein. La direction de la Ville a accepté ces recommandations. BonQuery appliquera la même norme aux progrès et aux lacunes qui subsistent.
Pour discuter d’une question sur les sources ou d’une collaboration, écrivez à info@BonQuery.ca.
Sources
Les observations structurelles présentées sur cette page ont été vérifiées par interrogation directe des données. Les définitions et l’estimation du sous-dénombrement de 18 % proviennent de la page Données sur les flux du réseau de refuges de la Ville de Toronto. Les trois jeux de données sont publiés sur le portail des données ouvertes de la Ville, tous sous la Licence du gouvernement ouvert – Toronto.
Comment BonQuery emploie ces mots
Les personnes emploient sans-abri, sans logement et personnes en situation d’itinérance. Certaines personnes et certains militants préfèrent sans logement, parce que cette expression nomme l’absence de logement plutôt qu’une identité fixe. D’autres emploient sans-abri pour parler d’elles-mêmes ou dans la recherche, les services et la défense des droits. Aucun terme ne parle au nom de tout le monde.
BonQuery dit habituellement personnes en situation d’itinérance ou personnes sans logement. Nous employons sans-abri lorsqu’il fait partie d’un nom officiel, d’une citation, d’un titre de recherche ou d’un terme de recherche courant. Nous n’appelons pas les gens « les sans-abri ». Nous continuerons d’écouter les personnes ayant une expérience vécue et modifierons nos mots au besoin.
La définition officielle canadienne inclut les personnes qui séjournent dans un refuge d’urgence en raison de violence familiale, mais une personne peut décrire sa propre situation autrement. Cette approche s’appuie sur la définition canadienne de l’itinérance, les recommandations sur le langage centré sur la personne et la recherche sur la place centrale du logement dans le sens du mot itinérance.
Ces données montrent seulement les personnes qui utilisent les programmes inclus dans les fichiers. Quels que soient les mots employés, les questions pratiques restent les mêmes : Y a-t-il un endroit sûr ce soir? Qu’est-ce qui change? Les chiffres publics sont-ils exacts?